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À quel moment ouvrir un PER pour qu’il joue vraiment son rôle ?

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Le Plan d’épargne retraite n’est ni un produit miracle ni un simple outil de défiscalisation de fin d’année. Son efficacité dépend avant tout du moment où il entre dans une stratégie patrimoniale plus large. Trop tôt, il peut manquer de pertinence. Trop tard, il devient parfois un simple instrument fiscal, déconnecté d’un véritable projet d’épargne longue. Entre les deux, il existe une zone d’équilibre où le PER révèle pleinement son utilité.
 

Mis en place en 2019, dans le sillage de la loi Pacte, le Plan d’épargne retraite a profondément recomposé le paysage de l’épargne longue en France. Il a vocation à regrouper, dans une enveloppe unique, des logiques auparavant éclatées entre produits individuels et dispositifs professionnels. Dans sa version individuelle, le PER est accessible à toute personne majeure, sans condition de statut, mais son intérêt réel varie fortement selon l’âge, le niveau de revenu et la trajectoire professionnelle.
 

Dans les faits, la période la plus favorable se situe souvent au cœur de la vie active, entre la trentaine et la cinquantaine. À ce stade, la carrière est généralement stabilisée, les revenus plus lisibles, et la pression fiscale souvent plus marquée. C’est précisément cette combinaison qui rend le PER pertinent. Les versements volontaires permettent de réduire l’impôt sur le revenu aujourd’hui, tout en laissant le temps au capital de se constituer progressivement jusqu’à l’âge de la retraite. Le PER fonctionne alors comme un outil d’optimisation différée : l’effort d’épargne est consenti à un moment où le taux marginal d’imposition est élevé, pour une fiscalité à la sortie souvent plus douce.

 

Les limites de l'ouverture trop tôt
Avant 30 ans, l’équation est plus nuancée. Le PER reste accessible, mais il se heurte à deux limites. D’une part, les jeunes actifs disposent rarement d’une capacité d’épargne confortable, d’autre part, leur pression fiscale demeure souvent modérée. Ouvrir un PER très tôt peut néanmoins se justifier dans certains cas, notamment lorsqu’il s’agit de structurer une épargne longue dès les premières années de carrière ou d’anticiper une trajectoire professionnelle ascendante. Dans ce contexte, le PER n’est pas tant un outil de défiscalisation immédiate qu’un cadre de capitalisation à long terme, à manier avec prudence au regard des frais et de l’horizon de blocage.
 

À l’inverse, après 50 ans, le PER change de nature. Le temps de capitalisation se raccourcit, mais l’intérêt fiscal peut devenir particulièrement sensible pour les contribuables fortement imposés. Les versements permettent encore de réduire l’impôt sur le revenu, et le PER peut alors jouer un rôle de sas de préparation à la retraite. Dans sa version assurantielle, il peut également s’inscrire dans une réflexion successorale, même si ce n’est pas sa vocation première. En revanche, une ouverture tardive sans revenus d’activité, une fois la retraite liquidée, perd l’essentiel de son attrait, puisque la déduction fiscale disparaît avec l’absence de revenus professionnels.
 

L’âge, cependant, ne suffit pas à trancher. Le niveau de revenu, la régularité de l’épargne et les frais du contrat comptent tout autant. Un PER n’exige pas des revenus élevés pour être ouvert, mais il suppose une discipline d’épargne compatible avec les frais de gestion, d’arbitrage ou de transfert qu’il implique. Chez les hauts revenus, il devient un levier fiscal à part entière ; chez les profils plus modestes, il doit être comparé à d’autres enveloppes plus souples avant d’être retenu.
 

Enfin, la question de l’épargne retraite se pose désormais différemment pour les plus jeunes. Depuis 2024, il n’est plus possible d’ouvrir un PER individuel au nom d’un mineur. Pour les familles souhaitant anticiper l’épargne longue de leurs enfants, le Plan d’épargne avenir climat constitue une alternative, avec une logique d’investissement orientée vers la transition écologique et un horizon automatiquement borné. Là encore, le choix de l’enveloppe importe moins que la cohérence globale de la démarche.
 

En matière de PER, il n’existe donc pas d’âge parfait, mais un bon moment, qui dépend étroitement du parcours de vie. C’est ce croisement entre temporalité, fiscalité et projet personnel qui transforme un simple produit réglementé en véritable outil patrimonial.